A poor lonesome cowboy

Où l’histoire d’un cowboy bien arrosé.

Aujourd’hui samedi 24 février 2007, il ne fait pas un temps à mettre un cycliste dehors et pourtant j’avais promis d’être présent pour la sortie du Vélo Club de Pugey. Club créé cette année par une bande de potes, sans autres idées que de s’amuser autour de la petite reine. « Tiens, ça me rappelle quelque chose…« 

L’idée de tourner les jambes avec les gars du cru n’est pas sans me déplaire, même si je ne pense pas qu’ils soient en mesure aujourd’hui de me faire découvrir un nouveau parcours; l’intérêt ne s’arrête pas là fort heureusement. Les anciens coureurs sont toujours prêts à conter quelques histoires autour du vélo, certains se rappellent encore des frasques de l’un de nos anciens pro lorrain « René Bittinger », C’était à l’époque où le Comte de Gribaldy avait une équipe professionnelle sur Besançon, c’était les années 80, les années Kelly-Agostiniho. René a laissé le souvenir de quelqu’un qui flinguait à tout va, sans se poser de questions, un coureur aux qualités certaines mais considéré comme fantasque et imprévisible; c’est ainsi que les rouleurs franc-comtois définissent notre René, partenaire de nos sorties d’entraînement du samedi à Nancy-Lobeau et du dimanche au rendez-vous des Saint-Pierre. Son style n’a pas changé d’un iota, comme d’ailleurs ses lunettes à la Thierry Claveyrolat! Un autre monde!

Je me réveille un peu à la hâte et me précipite sur mon fidèle destrier pour ne pas rater le précieux rendez vous. 9H00 pétante, je suis devant le lieu de ralliement, et là… Personne!!!!!! Pas franchement étonnant vu le temps: 5 degrés, la pluie, le vent. Le ciel gris a certainement eu raison du moral des rouleurs locaux, pourtant si étincelant la semaine passée. En tant que lorrain, je pense que le souvenir de nos « âmes grises » n’est jamais bien loin, ceci explique peut être pourquoi les mauvaises conditions n’existent que pour celles et ceux qui les subissent. Pour les sorties des cyclistes lorrains, je crois qu’il faudrait l’arrivée d’un cyclone pour ne voir personne aux rendez-vous.

Rouler sous la pluie en franche-comté ne doit pourtant pas être pire que de rouler au milieu des usines locales de ma ville natale! Pas de cheminées en vue, points de repères à nos premières sorties vélo entre Dombasle-sur-Meurthe et Nancy; pas de chaux sur la route pour blanchir nos montures et crépir nos habits au passage de l’usine de la Madeleine, pas de risque de fuite de chlore; pas d’odeur d’ammoniaque ni de sulfure d’hydrogène, alors où est le soucis? Un improbable choc avec une vache comtoise ou un « niackage » de mollet lors de la traversée d’un de ces village où les chiens aiment bien les cyclos?

Je profite d’une accalmie pour me lancer seul dans l’aventure du jour. Esseulé certes, mais bel est bien décidé à mouiller le maillot rouge du team macadam’s cowboys! Un drôle de nom pour ce club cycliste rattaché à la petite ville de Badonviller, reclus au fin fond de la Meurthe et Moselle; un nom de baptême certainement issu de la culture cinématographique de notre président Laurent, ici en tous cas ça les fait bien rire. Un peu moins avec le douze dents!

Porté par le vent, je me laisse emmener jusqu’à la reculée de l’abbaye de la Grâce-dieu, lieu où les vents viennent mourir, laissant place aux chants des oiseaux, aux frémissements d’une cascade que je sens de plus en plus proche. Les jambes se font oublier, elles tournent et je roule, mais ma tête est ailleurs; les pensées sans doute noyées dans l’élément. Je prends les épingles panoramiques et jette un dernier coup d’œil sur la belle aux cheveux d’eau, je garderai le souvenir de son chant encore quelques instants malgré le silence retrouvé. Je quitte malgré moi l’envoûtement de ce lieu boisé pour un détour culturel vers la maison Louis Pergaud où je m’arrête le temps d’une satisfaction sucrée.

De nouveau en selle, je décide de prolonger mon parcours sur d’agréables sinueuses encore inconnues pour moi. Le temps n’est pas au mieux et les premières gouttes commencent à tapoter mon casque et masquer mes lunettes. Le vent s’efforce de me faire payer mon insolence et mon ignorance du terrain, je découvre des lignes droites ravageuses et passe à plusieurs reprises sur des intersections…Sans direction.

Impossible de me repérer! Il n’y a personne à l’horizon et ces grands espaces sans la moindre indication commencent par me miner le moral. Faire demi-tour n’est semble t-il plus à mon avantage, alors je trace tout droit, nous verrons bien.

Le vent, la pluie et le froid accomplissent un véritable travail de sape! J’ai le moral dans les chaussettes et repense à Alain Hupel notre cher  « tourdumondiste«  et premier champion de lorraine de notre club, je repense à ses récits, à ses sorties et à ses longues et interminables lignes droites étasuniennes balayées par les vents. Ce mec est un fou! Je suis allongé sur ma machine, le vent est de face et je n’avance plus, je suis à 10 à l’heure, scotché au macadam, je regarde désespérément se plier les piquets à neige qui limitent la route. La galère! Je suis paumé au milieu du plateau du Haut-Doubs à 700 mètres d’altitude, quelque part entre Maîche et Valdahon; jusqu’à ce que je vois la direction de Besançon. Sans être soulagé car Besac’ est au moins à 50 bornes d’ici et il va falloir que j’emprunte les grands axes routiers, dont la N57. Fichtre diantre! Sans vouloir jouer les superman avec ma cape rouge, j’aurais tout de même bien voulu faire tourner la planète en arrière pour ne jamais avoir pris le vélo aujourd’hui!

Cette fois, j’y suis! Fini le chant des oiseaux et la petite balade en sous bois! La jolie sinueuse laisse désormais place à la folie automobile sur 2 fois 2 voies. Le bruit incessant des voitures n’est pas sans me rappeler la chute d’eau vue il y a peu, avec la forte impression d’être cette fois, en dessous de l’écumeux!!! Voilà, il ne me reste plus qu’à me déconnecter le cortex, descendre les dents et tracer mon sillon à travers la pellicule d’eau qui recouvre copieusement la route Pontarlier-Besançon.

A bloc, le vélo de travers, je m’efforce de garder le cap; heureusement pour moi le profil descendant du parcours m’aide à filer plus vite. A plat ventre, je me dépouille pour faire défiler les kilomètres… Le ciel s’est soudainement assombri et les automobilistes sont maintenant au pas. Je suis de plus en plus lourd et frigorifié, « gaugé » comme ils disent ici, par les trombes d’eau qui n’en finissent pas, je ne peux bouger le moindre doigts pour changer mes vitesses. Je n’ai d’autres choix que de continuer à m’activer tel un damné, illuminé par les phares des voitures qui me suivent. Un dessin dantesque auquel je ne m’étais pas préparé, mais un instant de plus sur cette terre au contact des éléments! Et cela n’était pour moi, ni moins agréable ni plus énervant que de subir au ciné, le paquet de chips d’un voisin affamé! Ou, d’avoir à subir l’humiliation d’aller au tableau noir résoudre une équation à laquelle on a rien compriiiii !!!! Etc,etc.

Pour en revenir au vélo: après deux heures d’un copieux arrosage, le dépression me lâchait enfin. Il ne me restait plus que 5 kilomètres à couvrir pour regagner le village… La sortie s’est terminée sous un ciel plus clément où le soleil essayait de reprendre le dessus. Un paysage des plus impressionnistes s’offrait alors à moi.

Filialement, cette sortie m’aura rappelé qu’il faut parfois essuyer des tempêtes pour savoir apprécier les choses les plus simples, comme le fait d’avoir un toit, un lieu paisible où l’on peut prendre une douche chaude, se changer, se restaurer. Tout le monde n’a pas cette chance.

Bon vent à tous les cowboys!

Mr.John