Sur le jardin de tes flots

L’ effeuillage a déjà commencé et les attaches se dispersent encore au fil de l’eau. Depuis la falaise, je devine ta rivière accueillir les belles âmes endormies.

Alors, je reste là, tout au bord, avec toi, le regard plongé dans les ondulations mystérieuses, l’air un peu bête à prendre le temps de saluer les dernières flamboyances. Bientôt, il ne restera que des arbres sans feuilles, sans personne pour y chanter. Mais je suis sûr que tes branches dégarnies sauront capter la lumière et réchauffer la sève endormie. J’imagine déjà ce moment là, où je serai loin moi aussi, consolé, la mine réjouie.

Quoi? 20h00? Le frisson des heures froides est bien au rendez-vous et je crois que la nuit va gagner son pari: manger l’homme et son biclou! Alors, est-ce que l’on se dit à demain mon cher ami? Au printemps sous tes frondaisons? Ce serait bien.

Dérives émoussées

Les rivières d’ici me surprennent, elles sont étranges, quasi plates et pénétrantes, parfois pétrifiantes, leurs parcours dessinent la plupart du temps de grands méandres. Dans l’amas calcaire, son eau disparait soudainement, puis ressurgit là où on ne l’attend pas, dans un chaos assourdissant.

Je préfère les périodes calmes qui me permettent d’admirer des créations sans cesse renouvelées où l’eau caresse les blocs fragmentés. Quand la furie s’est éloignée. Le ciel couvert me permet la pause lente sans filtre, quelques secondes sur trépied avec un déclenchement à distance.